dimanche 3 juillet 2022

223

 Juliette (D) sur qui je tombe rue Huyghens me dit : « Te croiser de bon matin, ça met de la Soupline dans la journée. » Terminé et rendu les épreuves de la Ballade de Pattie, George et Eric. Encore une semaine de rendez-vous parisiens puis un mois et demi ferme d’écriture pour la V1 d’un prochain roman. Mais, comme souvent, le livre est déjà en train de s’écrire avant que je ne m’y mette réellement. Des morceaux de dialogue me viennent dans la journée, s’assemblent sans que je m’en préoccupe encore, les sentiments que me procurent telle ou telle rencontre trouvent leur place naturelle dans les hautes herbes du texte en friche. Parallèlement, le travail sur de nouvelles chansons prend de l’ampleur. Il y a un titre, une sorte de single, qui met tout le monde d’accord. Il en faudrait bien trois autres.

Week-end dernier intense et difficile à me partager entre deux festivals littéraires qui comptent beaucoup pour moi : Saint-Maur-en-poche et Saumur. Parfois je sais que je vais revoir telle ou telle personne. Jubilation intérieure. Et je me love dans le moment, en douce, me laissant emporter par les courants intérieurs qui naissent et se développent entre des personnes qui se reconnaissent en ce monde.
Dans une assemblée j’ai un peu parlé de la condition d’artiste, des ponctions invraisemblables auxquelles nous sommes soumis etc. et ensuite, au cocktail qui a suivi, une fille m’a dit : “De quoi vous plaigniez vous ?! Vous avez choisi d’être artiste, acceptez votre sort. Au Moyen-Âge les artistes ils étaient mis avec les domestiques”. Je ne savais pas si elle plaisantait à moitié ou quoi, alors en retour je lui ai offert une moitié de sourire.
À un dîner où je n’ai pratiquement pas parlé, ma voisine de gauche se penche vers moi - après avoir contemplé les jambes d’une fille assise non loin de nous, et me dit : « Dans une prochaine vie, je serai lesbienne », je lui réponds : « Moi non plus »

mercredi 22 juin 2022

222


Contours et horizon d’un prochain roman, l’été que j’ai toujours trouvé la saison la moins intéressante sera donc parfaitement studieux.
Le boulevard Saint-Germain déverse des beautés dans l’air du matin ou la sensation du soir, à chaque fois je cherche dans l’écriture ce qui pousse deux personnes à se reconnaître dans ces flots continus, ce qui fait lien, foudre, rapprochement, émotion irrépressible, segments inséparables et furtifs.
Cocktail chez X, il y avait au moins un lustre dans chaque pièce alors quand on m’a demandé comment je trouvais l’appartement j’ai répondu : « C’est très lustrueux. »
En festival, le type qui a trouvé la combine et se fait passer pour une sorte de photographe officiel mais qui photographie uniquement les autrices.
En Avignon, rencontre avec la classe de Myla qui va concourir la semaine prochaine à la finale des Petits champions de la lecture ; la maîtresse leur a demandé de créer et dessiner des mots valises à l’exemple de ce qu’il y a dans Alcie. Une petite fille a fait un superbe : canarcissique. Et elle l’explique ainsi : « le canarcissique est un canard qui au lieu de faire coin coin dit moi moi. » Excellent ! J’en connais plein.
Sans transition, je pourrais décerner sans problème le trophée de la maison d’éditions (et ses autrices et ses auteurs) qui se la pètent le + en festival du livre. J’en parle avec X qui fait exactement le même constat.
Je tombe sur l’émission Koh Lanta dans laquelle une concurrente dit : «Je suis venue pour savoir quelle réserve de force et d’énergie j’avais en moi ». Hum ! Autant qu’elle évolue en ce moment dans le milieu de l’édition française.

jeudi 2 juin 2022

221

Quand je prends le train Gare Saint-Lazare et que le siège que j’occupe est situé du bon côté de la voie, je peux voir la fenêtre de la cuisine de l’appartement où j’ai vécu avec mes parents jusqu’à l’âge de huit ans. La cuisine, et de l’autre côté la chambre que m’avaient laissé mes parents, la grande salle de séjour où ils dormaient sur un canapé lit, et le couloir qui desservait cuisine et salle de bains. Je voudrais me projeter à l’intérieur de cet appartement, retrouver mes parents, pouvoir lire dans ma chambre avec la protection de les savoir dans la pièce d’à côté. Tout était plus simple, pour l’imaginaire et la réalisation de cet imaginaire, quand j’avais mes parents dans la pièce d’à-côté. J’ai eu l’inestimable privilège de grandir entouré de deux êtres absolument simples et optimistes, équilibrés et généreux, et c’est pourquoi hors leur présence j’ai souvent eu a enduré la déception, je suis sensible à l’égoïsme, l’opportunisme, la bassesse, la bêtise, la violence ou la méchanceté chez les autres qui me sautent toujours aux yeux comme des choses qui appartiennent au monde après mes parents, au monde où il a bien fallu que je continue à évoluer en leur absence.

Plusieurs idées rôdent pour un prochain roman. J’espère pouvoir trouver un deal en juin pour commencer à écrire en juillet (avec un objectif de sortie, pas dans le vide). Ce n’est pas juste une question d’idée. L’idée, c’est ce qu’il y a de sexy, qui peut susciter l’intérêt en surface, mais le principal c’est que l’idée puisse proposer un territoire dans lequel les préoccupations du moment (et de toujours) puissent s’épanouir.
Dans les salons de l’ambassade d’Italie, au premier étage, à l’expo hommage Cerruti, une fille à la beauté extraordinaire a disparu derrière une porte bleue, et je ne l’ai pas revue de toute la garden party.

lundi 30 mai 2022

220

 Writer’s life (220)

La vitalité et le bénéfice de Victor Hugo c’est que son oeuvre offre toujours un réservoir inépuisable de phrases à emprunter pour les mettre dans le discours de l’adjoint à la culture ou du maire de la ville qui reçoit des autrices et des auteurs en dédicace.
Dans le train en face de moi, une fille a ouvert un Tupperware et à l’intérieur il y avait une quantité impressionnante de framboises et de mûres qu’elle s’est mise à picorer jusqu’à Rennes.
L’enthousiasme vivifiant des libraires. Frédéric (Leplat) me dit : « J’ai vendu 10 exemplaires de J’aurais voulu être un Beatles, tu imagines si 3000 librairies dans toute la France ont fait comme moi !». Frédéric me montre un passage du nouveau livre de Abdourahman A.Waberi qui lui a fait fortement et instantanément penser à moi : «Quand une idée me trottait dans la tête des semaines, je savais qu’elle méritait une petite niche dans mes friches nocturnes. À présent je sais qu’en me mettant à noircir des papiers je cherchais le terrain où poser la maison de mes rêves. J’élaborais des récits pour me rendre riche de tout ce dont on ne peut se passer. Tout ce dont j’étais orphelin. »
Dans mes déplacements, on me parle beaucoup de mes writerslife, du souhait de les voir réunis un jour dans un livre. Je réponds que c’est juste une question de notoriété, de visibilité, de pouvoir, plus que de substance. Par exemple si j’étais Sylvain Tesson ça serait en librairie demain. Pour le moment, ça n’arrive pas.
Il y avait une file extraordinaire du fait que dès qu’elle se déplaçait le soleil la suivait. Où qu’elle fut allée s’asseoir. Elle lisait un livre et je crevais d’envie d’en connaître le titre mais je n’ai pas une assez bonne vue. Sortir mes lunettes m’aurait trahi, enfin elle aurait crû que je m’intéressais à sa beauté alors que cette information était déjà passée, saisie, je veux dire je n’avais pas besoin de la regarder à nouveau pour savoir ça, donc je n’ai pas réussi à identifier ce qu’elle lisait, alors pour ne pas être trop déprimé j’ai commencé à écrire une chanson qui porte pour titre : «Le soleil ne la quittait pas ».

lundi 23 mai 2022

219

 Writer’s life (219)

Je suis toujours au spectacle dans la vie, notamment pour ceci : il y a des personnes que vous rencontrez et tout est fluide, beau, et doux. Vous avez l’impression de les connaître depuis toujours, vous voudriez les connaître encore. Et d’autres personnes que vous évitez (avec souplesse) tant vous les trouvez bêcheuses ou si peu aptes à entrer dans le moment comme on entre dans l’eau certainement, du regard puis aux genoux, à la taille, en entier.
Un type s’exclame en avançant vers mon stand de dédicaces : « Oh ! Le petit éloge du baiser ! Mais il devrait y avoir la foule ici ! » Bien d’accord avec lui.
Ce que je préfère avec les livres jeunesse c’est quand une petite fille arrive, porte son dévolu sur un des livres et commence à sortir son petit porte-monnaie pour se l’offrir avec son argent de poche. Coeur fendu de mignonnerie.
Les trucs marrants des derniers festivals du printemps : l’auteur à succès qui prend les ascenseurs d’hôtel pour des baisodromes, le salarié d’une maison d’éditions qui ne dit bonjour à personne excepté à ses autrices et auteurs (ah ah ah, priceless !)
Dans un train du retour, cinq heures trente de voyage (retards compris). Du début jusqu’à la fin, une autrice et un auteur n’ont pas arrêté de bavarder, très fort, sans interruption, pas l’once d’un silence qui m’aurait fait l’effet d’une prairie. Sans le souci de personne et enchaînant les clichés sur tous les sujets possibles, les vanités d’usage sur leurs livres et l’édition. Ça en devenait presque fascinant. Mais, comment lire leurs romans après ça ?
Bar d’extérieur. À une table de celle où je me trouve avec des amies, une fille assise, de dos, cou et chevelure (rousse) extraordinaires. Jeanne Hébuterne chez Modigliani, avec cependant les cheveux relevés en chignon pour permettre la perspective sur la finesse du cou. Petit haut noir brodé, bras nus. J’ai acquiescé à tout ce qui se racontait à table, tout mon être totalement accaparé par ce dos et ce cou, à l’image de ces insectes verts qui se posent sur vous et n’en décollent pas, voudraient rester là pour toujours, et que l’on nomme pourtant : éphémères.

jeudi 19 mai 2022

218

 Très bon travail avec Pierre des éditions « Le Mot et le reste » sur les corrections du livre qui sort en septembre. À un moment, j’ai écrit dans un dialogue : « Ceux qui s’épousent font une sorte de noeud au mouchoir du temps ». Et Pierre note en commentaire dans la marge : « Un peu trop imagé pour une discussion entre copines ? » Je lui réponds : « Mais, voyons… toutes mes copines parlent comme ça ! »

Très heureux du résultat final, grâce à Pierre j’ai réussi à intégrer tout ce qui m’importait, auquel j’étais prêt à renoncer parce que je ne trouvais pas la place adéquate dans le texte. Partir maintenant sur un nouveau roman. J’aimerais bien trouver un deal pour la rentrée d’août 2023 ou de janvier 2024. Et aussi un deal qui parallèlement aux romans adultes, me fasse faire davantage de jeunesse. Déjà amorcé quelques pistes.
L’autre jour, pendant la balade littéraire en bus pour le salon du livre de Paris, j’aurais aimé lire un extrait du Liseur du 6h27 de Jean-Paul (Didierlaurent) et puis c’est passé si vite. Le week-end dernier, j’ai parlé de Jean-Paul avec Lise (Chasteloux) et Akli (Tadjer); Akli évoque les longues balades à pied que nous faisions à Vannes, chaque été, pendant les nocturnes littéraires. Promenades à converser sans relâche et sans effort de chercher à nourrir la conversation. C’est ça l’amitié, me dit Akli.
Interview avec François (Alquier). Il commence par : « Tu es réputé pour être un auteur de chansons littéraires » Je surjoue l’étonnement : « Ah bon ? Je croyais que j’étais réputé pour être un auteur de bonnes chansons ! »
Zelda me dit : «Hier soir je me suis fait draguée par tous les types présents à la soirée. » Je lui demande : « Quel âge ? » « La soixantaine… » Devant mon air perplexe, Zelda ajoute : « Oh, tu sais en vieillissant, ça devient raisonnable.»
Je sais bien que ce n’est pas forcément incompatible mais je préfère quand même : les romans qui ont du souffle à ceux qui tiennent en haleine.
En attendant, rue Champollion le Q du quartier a le Q qui tombe.

mercredi 11 mai 2022

217

 Ce serait bien qu’il y ait chaque année un mercato des autrices et des auteurs comme il y en a un pour les footballeurs. Il y aurait le You’ll never walk alone puis des stades entiers qui se mettraient à lire. Bon, déjà, s’il y avait comme pour les musiciens, un droit à l’intermittence, ce serait une avancée considérable. Une avancée considérable sur le rien.

Toujours sur les routes pour « L’âge des amours égoïstes ». Depuis sa sortie, peu de récompenses visibles pour mon roman, mais si l’on voit les choses dans une optique dylanienne, je suppose que la récompense c’est la route.
J’ai entendu une fille dire à une autre à propos d’une troisième : «Elle a l’envergure d’une DRH, c’est à dire d’une menteuse manipulatrice ». Je ne sais pas du tout pourquoi cette phrase m’a marqué et pour quelle raison j’ai eu envie de la noter. L’impact de la fille plutôt que celui de la phrase. En tout cas, pas pour la mettre dans un livre. Je pense qu’on commence à devenir une autrice ou un auteur quand on arrive à identifier les phrases (et les gens) qu’on n’a pas du tout envie de mettre dans ses livres.
L’autre jour, à une table du restaurant où nous dinions à plusieurs, une fille aux cheveux extraordinaires. Chaque fois qu’il y a une fille aux cheveux extraordinaires, je me love dans un état de sidération et laisse les personnes autour de moi se perdre dans des conversations échevelées. Sandra me dit : « C’est un reste de soirée, un reste de préparation, c’est là où les cheveux sont les plus beaux. Le lendemain. Tu te remaquilles, mais tes cheveux restent pareil. »
Travail sur les dernières retouches du livre qui sort fin septembre. Je fais le deuil de certaines idées qui m’animent, certaines phrases, pour ne pas leur trouver une place artificielle. Je pourrais toujours ajouter des tas de choses à des livres. Problématique de peintre. Il y a une date butoir qui fixe l’histoire et c’est tant mieux. Comme dans une histoire d’amour, souvent.

mardi 26 avril 2022

216

 Writer’s life (216)

Cette haute fille au pull nuage qui est descendu dans la campagne de Meuse TGV. Win Wenders fait des films pour moins que ça.
Hey Monsieur Gallimard, c’est bien joli de publier la correspondance de François Truffaut avec des écrivains, mais ce qui nous intéresse vraiment c’est sa correspondance amoureuse.
Dans un festival du livre deux médecins (qui publient des livres) se foutent de moi parce que je porte un masque. « Ça ne protège que les hypocondriaques, voire ça protège encore mieux les paranoïaques ! ». Ok, les gars. Je les ai écoutés se gausser et ne leur ai pas fait le plaisir de me démasquer devant eux. De toute façon, il n’y a que dans mes romans que j’avance à visage découvert.
J’alpague Baptiste (Beaulieu) parce que je suis patraque depuis trois semaines, calculs rénaux et lymphocytes en fuite pour parler de manière truffaldienne. Baptiste regarde mes analyses de sang entre deux dédicaces de ses romans et me rassure, ce qui me redonne un shoot de bien être et d’adrénaline. Baptiste me sauve la vie car planning encore bien intense, aux quatre coins de la France, pour les deux prochains mois.
J’affine des textes de chansons et fais des premiers essais de voix. Pas mal de trucs en cours, il faut aussi que je trouve un deal éditorial pour le projet d’album jeunesse que j’ai envoyé à Fred.
Les annonces dans les trains pour dire qu’ils avancent à vitesse réduite, chaque fois j’ai l’impression que c’est un commentaire personnel, je voudrais que ça aille + vite, que mon travail reçoive + d’impact, + d’éclat, + d’immédiateté + de rayonnement mais toujours l’impression d’avancer à vitesse réduite.

jeudi 21 avril 2022

215

 L’innombrable et singulière beauté de cette fille qui déambule à 13h30 rue de Rivoli, ses pointes de cheveux de la même couleur que celles des grilles qui mènent à la cour carrée du Louvre.

Je rachète pour la énième fois Les Vagues de Virginia Woolf en poche dans la traduction de Marguerite Yourcenar, pour affronter les transports, les rues, et toutes ces sensations, ces fragments de jambes et de visages qui s’offrent au beau soleil de printemps.
L’autre jour dans une rencontre (littéraire) le modérateur me demande quelles sont les injonctions de mon personnage. Il avait posé la même question aux deux autrices invitées qui y avaient d’ailleurs répondu au sujet de leurs héroïnes de manière très professionnelle. Puis est arrivé mon tour et je n’ai pas osé dire que je ne comprenais pas la question, tellement aussi il me semblait être entouré de professionnels. Je ne savais pas du tout ce que cachait ce mot : injonction. J’ai bredouillé un : en fait mon héros ne répond à aucune injonction, c’est juste qu’il tombe sur une fille dans une fête, il est fasciné par son visage, sa présence, et le roman dure tant que cette fascination dure.
Autre chose dans les rencontres avec « L’âge des amours égoïstes », on me demande souvent de me positionner sur une nouvelle masculinité à l’heure de l’apogée du roman féministe. Là encore, je bredouille : Nouvelle masculinité ? Hum. déjà que je ne me retrouvais pas forcément dans l’ancienne, alors la nouvelle…
Passé le week-end de Pâques à écrire un album jeunesse dont le héros est un renard. D’après un dessin de Fred. Je lui ai envoyé mon texte.
Croisé Mathilde en coup de vent, boulevard Raspail. Elle m’envoie peu après un message très doux : « Tu avais l’air perdu dans tes pensées, j’espère qu’elles ne sont pas nuageuses ». Je lui réponds que je connais tellement le quartier que la seule façon de me perdre, c’est dans mes pensées.

mardi 12 avril 2022

213

 Avec Mélanie (Isaac) on se remémore des mots de patois wallon. Elle me parle du mot : grandiveu pour dire que quelqu’un se la raconte. Je jubile et lui dis : « Mais tu n’imagines pas le nombre de types que je rencontre qui se la racontent, c’est génial, je vais l’employer tout le temps. Il est grandiveu celui-là ! »

À Metz, lors d’une rencontre en public, Maria (Pourchet) explique que quand elle a sorti son premier roman et que inconnue pas grand monde ne venait la voir en dédicace, un auteur qui attirait beaucoup de public lui a donné ce conseil : « Si tu veux que ça fonctionne, il faut faire comme Houellebecq dans ses livres, tu mets une fellation toutes les dix pages ! ». Quand ce fut mon tour de prendre la parole j’ai dit au public que je comprenais maintenant pourquoi mon dernier roman a bien moins de succès que celui de Houellebecq sorti le même jour.
Au Gaya, rue Saint-Simon à Paris, réception en l’honneur de Valérie (Tong-Cuong) qui reçoit l’ordre de Chevalier des Arts et des Lettres. Valérie a fait un très beau discours dans lequel elle a dit : « Écrire comme un besoin de comprendre la violence du monde ». J’ai trouvé ça magnifique. C’est là où réside le courage de Valérie, et son intelligence. Moi je dirais que je n’écris pas pour comprendre la violence du monde. Au mieux pour la guérir, mais surtout pour la fuir.
Vu Philippe (Jaenada) dont j’apprécie toujours les remarques lapidaires, sensées et bienveillantes. Il me dit :« Jérôme, il est temps que tu sois pragmatique ».
Comme chaque printemps c’est le temps de la soirée du Prix de la Closerie des Lilas. Jessica m’y invite toujours. Joie d’y revoir de nombreuses amies (le féminin l’emporte, d’autant plus pour ce prix) démasquées, même si moi je porte toujours mon masque. Depuis toujours, souvent pour avancer.

jeudi 7 avril 2022

212

 Lorraine (Fouchet), dans sa grande et habituelle générosité conseille à ses lectrices d’acheter mon dernier roman. L’une d’entre elles lui rétorque : «Je viens vous voir vous car vos livres m’emmènent toujours au bord de la mer. » Lorraine la regarde et lui dit : « Peut-être, mais Jérôme vous emmènera au bord de l’amour ! »

Après un début remarqué, prometteur et fracassant, en janvier dans la liste du prix littéraire RTL/LIRE, L’âge des amours égoïstes a été boudé de façon spectaculaire (pour moi) de toutes les listes de printemps. Ce qui me rend, me laisse, assez perplexe.
L’autre jour, dans un festival, je vais voir un auteur que j’aime beaucoup pour lui dire combien j’ai trouvé un de ses livres magique. À peine s’il me formule un merci pour aussitôt me dire en désignant ses livres de la main : « Eh bien la suite est là ! ». Hum ! En fait, je me doute bien qu’il y a une suite à ce livre qui remonte à plusieurs années. Sur le moment, je n’ai pas du tout envie qu’il me dise « Eh bien la suite est là ». Je suis peut-être trop sensible, mais franchement je n’aurais jamais réagi comme ça. Peut-être aussi que la civilisation est ne pas juger les autres à l’aune des réactions que vous auriez eues à leur place ? Quoiqu’il en soit, je n’ai pas aimé ce moment, je m’en serais bien passé.
Printemps du livre de Montaigu exceptionnel, beaucoup de dédicaces en adulte et jeunesse. Il y avait une fille qui faisait la sécurité et qui était toute mignonne, elle se caillait à rester dehors à son poste qui consistait à n’ouvrir le passage qu’aux personnes munies d’un badge, alors j’ai fait le projet de lui apporter du café et des shoko-bons. Et puis je n’ai pas eu une seconde à moi de tout le samedi, beaucoup de monde, lectrices et lecteurs, et quand j’ai voulu lui apporter des shoko-bons le dimanche matin elle avait été remplacée par un type. En rentrant à Paris, j’ai appris qu’il y avait un souci avec les shoko-bons de Kinder, qu’on les retirait de la vente pour des mesures sanitaires. Alors, en quelque sorte, je me suis dit que j’avais peut-être sauvé la vie de cette fille. Sans qu’elle ne le sache jamais.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...