lundi 24 août 2020

142

 Writer’s life (142)


Je lis le « Napoléon » d’Eli Faure - selon moi, un des + grands stylistes français, il faut lire son « Histoire de l’art » si beau littérairement, et j’arrive à ce passage de son « Napoléon » où il dit : « Il y a en chacun de nous, une force centrale, que la plupart d’ailleurs, ne savent pas utiliser. Impérieuse et en même temps dominée, elle fait l’homme supérieur, c’est-à-dire le poète (…) ». Dans un premier temps, je me dis : c’est quoi ce délire ? et puis, ensuite ,sur mon fil Facebook je tombe sur le reporter de « Brut » qui suit en direct les déchainements de violence autour des Champs-Elysées, tous ces êtres déshumanisés, stupides et opportunistes, ces demi-nazis qui s’ignorent, qui se livrent à du vandalisme urbain et des pillages en toute impunité, s’encouragent en poussant des cris de bêtes, et je me dis : ok, peut-être qu’Elie Faure a raison…
Pour sa thèse, Myriam me demande : « As-tu déjà écrit par amour ou pour plaire à quelqu’un ? » Je lui réponds : Bien évidemment. C’est même là d’où je viens, puisque les premiers textes que j’ai écrits et qui ont été lus sont des lettres d’amour. 
Lu dans le Journal de Thadée Klossowski de Rola : « N’être qu’un chat, fermer presque les yeux, tendre l’oreille, ronronner en bougeant mes griffes, être seul et muet contre la peau des filles, heureux de leurs rires - et leurs soucis distants. » Très beau, très d’accord. J’ajouterai : « Et l’esprit empli de projets fabuleux, de mille trucs à écrire. »
Regardé l’émission de Xavier : 66 minutes, un reportage sur l’été dans les cités de Seine-Saint-Denis. Bouleversé par le passage furtif d’un couple de vieillards emmené une journée à la mer, et qui voient la mer pour la deuxième fois de toute leur existence. J’étais en pleurs de les voir prendre la place la + discrète possible dans le voyage en car, et leur arrivée à la mer. Ça a rivalisé en moi avec les images de Paris livrée aux vandales et j’ai mal dormi me demandant ce qui allait me rester au final. Heureusement, au réveil, est revenue en premier l’émotion de ce couple si discret qui voit la mer pour la deuxième fois. 

#writerslife

vendredi 21 août 2020

141

 Writer’s life (141)

J’avais prévu d’écrire Alcie 3 cet été mais, avec la sortie du 1er juste avant le confinement et la fermeture des librairies, il faut attendre de voir comment l’épisode 2 prévu pour novembre se comportera en librairie, l’impact, les ventes, avant d’acter, de se lancer ou pas sur un épisode 3. J’ai quand même beaucoup travaillé cet été sur différents projets, dont la V1 de mon prochain roman. J’apprends aussi à dire non à des sollicitations dans lesquelles je sais que je n’aurais pas la place de m’impliquer ou de m’épanouir et d’y loger une partie de mon coeur - sinon ça finit par me rendre malheureux (peu importe le succès). 
Voulu lire aujourd’hui « Fantastic Mr Fox » de Roald Dahl et je tombe ce matin sur un article qui raconte que « la justice donne son feu vert pour l’élimination de 1430 renards en Seine maritime ». Je pense que si vous êtes un renard en Seine maritime , mieux vaut ne pas avoir affaire avec la justice. Une nouvelle qui m’a totalement déprimé pour la journée. Ensuite, la lecture de Roald Dahl a pris une intensité particulière.
Travail sur le petit éloge du baiser. J’ai dit à Aude que je prendrais le parti de « J’aurais voulu être un Beatles », une succession de courts chapitres. À la Richard Brautigan. Littérairement, j’ai toujours aimé ce genre de livres et le sujet du baiser (comme celui des chansons des Beatles) s’y prête. Comme le jeune Chateaubriand le dit dans : « La petite sonneuse de cloches » : « Qui est assez inhumain pour se contenter d’un seul baiser ? » 
J’imagine avec amusement et terreur pour un chapitre dresser la liste des prénoms des filles que j’aurais aimé embrassé et que je n’ai/ n’aurais pas embrassé (dans cette vie), une sorte de littérature de kamikaze. Cette idée m’amuse beaucoup et puis la minute d’après je me dis que c’est impossible de faire ça. Pour x raisons. Ne serait que celle-ci : dans cette société brutale et sans espoir, il n’y a que l’imaginaire qui nous tienne. Je ne peux quand même pas retourner un flingue en direction de mon imaginaire. Enfin bon, à voir… jouer l’existence d’un chapitre à pile ou face, ça peut être classe.

#writerslife

jeudi 20 août 2020

140

 Writer’s life (140)


Hier, à la toute fin de l’atelier sur les lettres d’amour, alors que je parlais de la correspondance d’Albert Camus et de Maria Casares, début de conversation très intéressant quand une des participantes pose la question de la puissance littéraire des amours illégitimes : est-ce que les amours empêchées (bien qu’exaucées/réciproques) sont + brûlantes, + belles, et + intenses en terme de création littéraire ? Hé bien peut-être dans la mesure où l’écriture, la lettre d’amour précisément, le roman, deviennent le territoire où exprimer cet amour, le lieu des lieux, le parc sur aucune carte, le paradis sur terre où les phrases sont des arbres, l’El Dorado des amours aussi impossibles qu’inéluctables. C’est aussi le grand espoir et le paradoxe de la lettre d’amour, on ne peut plus s’arrêter d’écrire, et pourtant on rêve d’un point final qui aurait la forme d’un baiser.
Revu « Les Affranchis », de Scorsese. Pendant les deux grands plans séquences du film, des images de l’Ikea Plaisir sont venues bizarrement se loger dans mon esprit. Pourquoi ce surgissement (de plaisir ?) Pourquoi un Ikea planté au milieu d’un Scorsese ? C’est la mécanique du plan séquence. L’iKea Plaisir invite le visiteur/consommateur dans les arcanes de son magasin à un plan séquence digne d’un grand cinéaste. Et je me souviens l’avoir emprunté pendant tant d’années, peut-être de 1985 à 2012, à des étapes de vie différentes, avec ma maman. Encore alerte au début, l’élégance rare en ce monde, et puis d’année en année, ayant de plus en plus de mal à parcourir ce trajet imposé. Sa vieillesse, voûtée dans le plan séquence de l’Ikea Plaisir. Cherchant un siège pour s’asseoir (un magasins de meubles, quelle chance !), avançant à bout de souffle, finissant par prendre l’ascenseur. J’ai vu ma mère vieillir dans les petites joies de ces parcours ordinaires pour s’acheter quelque chose pour la maison, un déménagement, des guirlandes avant noël… Vieillir dans un plan séquence en kit. Et laisser le trajet gagner sur la volonté de le poursuivre, me laissant incrédule, moi qui toujours aime remettre à plus tard la brutalité du mot fin.

#writerslife

jeudi 6 août 2020

139

 Writer’s life (139)


Lu une étude révélant les fantasmes les plus courants des femmes. En première position : coucher avec une autre femme. Puis, arrive très vite dans les premières places du top : coucher avec un écrivain. 
Lu une nouvelle admirable de Michel Déon : « Le maillot ». J’aimerais beaucoup aimer Michel Déon, le romantisme dilettante et canaille de son roman « Les gens de la nuit » peut me séduire, enfin, disons que je reconnais sa dextérité, mais dès que je cherche à me renseigner sur lui, je tombe sur des trucs que je trouve épouvantable. Par exemple, je regarde une interview en vidéo dans laquelle il dit : « Il ne faut pas s’apitoyer inutilement sur la vie des oiseaux. Les oiseaux sont très nombreux, on peut en tuer quelques uns ». Bon, je sais : autres temps, autres moeurs, mais quand même, je préfère retourner vers Nabokov et ses filets à papillons (avant que j’apprenne peut-être un jour qu’ils les épinglaient sadiquement dans des boites d’entomologiste). Phrase que j’aime bien dans la nouvelle « Le maillot » (surtout la seconde partie) : « Une femme qui travaille beaucoup ne nous accable pas de son amour, de ses jalousies. À la vérité, souvent séparés l’un de l’autre, restant presque toujours sur notre faim, nous nous entendions à merveille. »
Bonne surprise que la série de et avec Anna Kendrick : « Love life ». Il faut affronter le premier épisode qui est le moins bon. Bien sûr, je suis en admiration devant l’épisode sur l’adolescence. Je pense que dans mon adolescence j’étais déjà un écrivain, dans la mesure où j’étais populaire sans forcément faire de ravages immédiats (j’ai été très tenté d’écrire : rivages), mais surtout je me tenais en permanence les pieds sur le rebord de la piscine. 
Au fait, j’ai raconté des craques au début de ce 139ème writer’s life, dans les fantasmes les plus courants des femmes, il n’est pas du tout fait mention d’un écrivain. Il s’agit d’un moniteur de sport. 

#writerslife

mardi 4 août 2020

138

 Writer’s life (138)


Je suis en plein trip Goscinny parce que je travaille sur plusieurs projets jeunesse à la fois. Pour la jeunesse, au détour d’une phrase, je fais remonter à la surface les choses qui me heurtaient quand j’étais enfant et je les évoque en atténuant leur violence, dans une forme réparatrice, d’où ce qu’on me dit souvent et qui me fait plaisir, la profondeur derrière l’impression de légèreté.
Le truc admirable d’une histoire comme « Les nocturnes littéraires » c’est que d’année en année les lectrices et lecteurs reviennent soit pour me prendre une nouveauté, soit pour me parler du livre qu’ils ont lu - à Josselin cette personne qui est venue me dire à quel point « Le goéland qui fait miaou » enchante (c’est un livre-disque) les journées de toute la famille. Ce sont des moments merveilleux. Je crois donc que les festivals ou les événements littéraires qui ne jouent pas la fidélité avec une autrice ou un auteur se coupent de ce lien particulier qui se noue autour des livres, manquent un aspect de ce qui rend la rencontre encore plus belle : la promesse, la possibilité, et le grand bonheur pour le lecteur autant que pour l’auteur, des retrouvailles. 
Je suis totalement obsédé par la chanson « Betty » sur le dernier album de Taylor Swift. Je me suis précipité sur l’album dès que j’ai su qu’Aaron Dessner du groupe « The National » avait écrit le disque avec elle. En France, en français, c’est très difficile de faire des choses similaires, c’est ce que j’essaie de propager dans mes ateliers d’écriture : une simplicité, une profondeur, une émotion, une efficacité, immédiates. Mais ici, + les gens font des choses absconses à la Bashung (sans avoir son charisme), + ils se croient poétiques. Ou alors c’est d’une nunucherie à en pleurer. De mon côté, j’ai rarement la place, la confiance ou les moyens, dans mon travail en chansons pour faire vraiment des choses valables. J’essaye quand même, à chaque fois, de taper le + fort possible. Et il y a des titres où je suis arrivé à quelque chose de satisfaisant en terme d’ellipses et d’efficacité poétique, comme « Le monstre sous la palissade » par exemple. Mais, bien sûr, c’est passé inaperçu.

#writerslife

dimanche 2 août 2020

137

 Writer’s life (137)


Dans l’idéal, j’aimerais faire une rentrée littéraire chaque année. Je n’en ai pas cette année, mais ne serai quand même pas absent des librairies (2 nouveautés jeunesse, une en septembre, l’autre en novembre). Évidemment, pour la rentrée littéraire chaque année, c’est mieux si on a des soutiens déterminants et des ventes conséquentes (ce qui n’est pas -encore - mon cas), ça limite la noyade, la sensation d’insuccès, les épaules de plomb. Et, tant que l’inspiration est là (et le travail et la sincérité) et qu’on est heureux de ce qu’on produit, sincèrement heureux - je parle délibéremment de bonheur plutôt que de satisfaction, car il n’y a que les cons qui sont satisfaits d’eux-mêmes, ou ceux qui ne se relisent pas, ou ceux qui lisent en public des extraits de leurs textes avec la même assurance qu’ils envoient par sms des photos de leur corps à une ou deux groupies des premiers rangs - tant que l’inspiration et le bonheur sont présents, une fois le texte rendu à son éditeur, je ne vois pas où est le problème. Quand on critique Amélie de sortir un roman à chaque rentrée, j’ai toujours envie de demander : «Est-ce que vous seriez allés emmerder Enid Blyton parce qu’elle a écrit + de 600 livres ? ».
Quand je vois, au hasard de mes déplacements, un appartement bien situé, avec une belle vue, je pense toujours à ma mère et me dis : « Qu’est-ce qu’elle aurait été bien ici.. » En une seconde, je crois qu’elle est vivante et que je pourrais peut-être l’y loger, qu’elle y serait heureuse. Malheureusement, elle m’a fait trop tard et est partie trop tôt. Et puis, quand on est comme moi si peu un homme d’argent on finit par être un homme avec si peu d’argent, donc, pour toutes ces raisons, je n’aurais jamais connu ce luxe rare et qui doit être le + beau des luxes, pouvoir offrir un appartement ou une maison à ses parents (les Beatles ont fait ça). Si un éditeur poche prend « J’aurais voulu être un Beatles », j’y ajouterai un texte là-dessus. Pour ça aussi, « J’aurais voulu être un Beatles ». Cela n’arrivera donc pas, mais pourtant, à chaque fois que mes yeux rencontrent le balcon d’un joli appartement, j’imagine ma mère vivre encore.

#writerslife

lundi 27 juillet 2020

136

 Writer’s life (136)


En route avec les Nocturnes Littéraires pour le village de Josselin en Bretagne, alors qu’apparaissent devant nous les remparts et les hautes tours du château médiéval garnies de meurtrières, je fais une annonce dans le bus : « Baissez-vous, soyez sur vos gardes, parce qu’ils proposent pour les enfants une expérience immersive au moyen-âge qui consiste en une activité tir à l’arc avec des flèches enflammées et des jets de sceaux d’huile bouillante, et, d’année en année, on perd quelques auteurs. Même des auteurs prometteurs... »
Clothilde (B) me dit que parfois elle passe son temps à fabriquer des phrases, non seulement pour ses livres mais aussi pour la vie de tous les jours. J’ai trouvé ça très beau. Elle me dit aussi : «Dans ma vie de tous les jours, je fais attention à ce que tout le monde soit bien, et, la plupart du temps, c’est juste épuisant. » Hum. Je pense, aussi, créer autant de moments que de textes ou de projets. La création de moments est quelque chose qui m’intéresse peut-être autant, du moins que j’aurais pratiqué à force égale avec l’écriture.
Laure me dit : « C’est étouffant ces masques en dédicace, et puis toujours sentir son propre souffle… » « On s’y fait, dis-je, surtout chez les écrivains. Les écrivains sont particulièrement mégalomanes. Enfin, ceux que je connais. Ils peuvent ainsi approcher leur idéal de bonheur sur terre : l’auto roulage de pelles. »
Pas de chance avec Quiberon, date annulée après la découverte d’un cluster important. Beaucoup d’inquiétudes sur la suite des événements, les dates de dédicaces, les festivals et la rentrée menacés par le relâchement, l’inconséquence, et la crise sanitaire. Stéphanie (H) dit à juste raison : « Ne pas porter de masque en ce moment, c’est comme ne pas porter de préservatif au temps du Sida. » 
Quand le monde marche sur la tête, pas étonnant que la plupart des gens que l’on rencontre aient le cerveau en gelée.
Je me sens comme un drôle d’oiseau qui continue à vouloir vivre de sa plume tandis que la forêt brûle.

#writerslife

dimanche 26 juillet 2020

135

 Writer’s life (135)


Ma série télé de l’été : Pen 15.
Mon groupe de l’été : The Greeting Committee. Sans doute mon groupe préféré du moment. Pas aimé autant de chansons d’un seul et même groupe depuis les indétrônables (et + sombres) The National. Tard dans la nuit, dans ma chambre d’hôtel, je regarde une rétrospective sixties de top of the pop sur la BBC2. Au programme : Procol Harum et Jimi Hendrix.
Laurence, libraire à Sarzeau, me raconte qu’une personne est entrée dans sa librairie, et après en avoir fait un tour avisé et gourmand, est arrivée en caisse avec deux livres : « J’aurais voulu être un Beatles » et « Alcie et la forêt des fantômes chagrins ». Laurence me dit : « Je lui ai fait remarquer que c’était la même personne qui avait écrit les deux livres et le client ne s’en était pas aperçu. Dans toute la librairie, il avait juste choisi les deux livres qui lui plaisaient le plus. » Cette anecdote, c’est comme un prix littéraire à l’échelle d’une petite librairie. 
Le sympathique employé à la réception de l’hôtel me demande si j’ai un lien avec Yvan Attal. « Euh non…pas à ma connaissance, enfin si, après réflexion : j’aime beaucoup le cinéma. » Je pense que si on me demande si j’ai un lien avec Gabriel Attal, je peux dire pareillement : « Euh non. Pas à ma connaissance, enfin si, après réflexion : j’aime beaucoup la république ». Les gens sont tellement passionnés par les dynasties ou les familles (on doit, dans une enfance équilibrée, jouer davantage au jeu des sept familles qu’au solitaire) que parfois je suis tenté de m’inventer un lien avec Attal ou un autre, si je puis dire, uniquement pour faire plaisir.
L’autre soir, j’ai parlé à une fille plutôt séduisante mais qui avait la voix de Phil Collins dans les années 80. La voix d’un mix pour la radio.
Sous la bruine qui ne s’interrompt pas, Serge (J) au cœur tendre m’offre un merveilleux kouignaman au cœur tendre.
En voyant, en vitrine d’un magasin de plage, une paire de chaussures que l’on porte pieds nus, Marianne me parle du style Clark Gable, et je lui dis : « Il ne s’est jamais remis de la mort de Carole Lombard », avant d’ajouter : «Moi non plus d’ailleurs »

#writerslife

samedi 25 juillet 2020

134

 Writer’s life (134)


En lisant en diagonale les news ce matin j’ai crû une fraction de seconde que l’un des titres était : «Gabriel Matzneff remporte le marché des trottinettes à Paris ».
Si heureux de reprendre le chemin des dédicaces, des rencontres avec les lectrices et lecteurs, mais c’est comme une course contre la montre avec les mauvaises nouvelles. Ce matin la date de Quiberon s’annule à cause d’un nouveau cluster : un bar qui a organisé une soirée dansante. Comme dirait Jean-Paul (D) : « Je ne vois plus l’humanité que comme une masse aveugle privée de bon sens ». Pendant que j’écris ces lignes dans le hall d’un hôtel à Vannes placé sous vigilance sanitaire, Jean-Jacques chante dans la radio : « Clouer les portes, s’emprisonner ». 
Hier soir en rentrant de la dédicace à La Trinité-sur-Mer, regardé une émission sur la BBC2 sur les années 80, qui célébrait la commercialisation du toaster et de ses super sandwichs au fromage, et d’un type qui racontait qu’il a perdu sa virginité sur « Do you really want to Hurt me ? » Bien + intéressant que cet auteur qui m’a bassiné avec ses chiffres de vente et les articles qu’il a eus ou qu’il attend (low life, comme on disait dans les nineties)
Stéphanie (H) me dit : Ça ne te fait pas ça, à toi, en regardant l’évolution de tes photos de presse. Se dire : « Si on avait su combien on était bien physiquement en 2007, on se serait tapé beaucoup + de personnes et on se serait beaucoup + réjoui ! »
Dans toute l’atrocité déprimante des temps que nous vivons, François me sauve la matinée par la blague la plus mignonne que j’ai entendue depuis longtemps : «Sais-tu comment les abeilles communiquent entre elles ? Par e-miel. »

#writerslife.

jeudi 23 juillet 2020

133

 Writer’s life (133)


Dans le 12ème arrondissement de Paris, il y a un délicieux petit resto vietnamien qui fait vente à emporter. J’y entre ce midi pour acheter de quoi déjeuner, quand un client - un type imposant affalé à une table - bougonne de manière délibérément audible : «Ils sont de + en + petits les bobuns ici ! Radins, va ! ». Pris de court par ce « Radins, va ! » les commerçants répondent par le sourire, puis l’un des patrons va même jusqu’à apporter une ration supplémentaire et gratuite à l’odieux client. Je reste interdit, complètement médusé et rempli d’un fort sentiment de honte. Honte que ce type se soit comporté ainsi. Comment peut-on être si dépourvu de décence pour oser réagir ainsi ? Aujourd’hui, c’est terrible, les gens se répandent tellement, n’ont plus aucune gêne de leur bêtise, leur violence, leur capacité à l’insulte, ou leur exhibitionnisme. Je sors du restaurant totalement déprimé et pense à Stéphane Caglia, le héros de mon roman policier : « Aide-moi si tu peux ». Le capitaine de police Caglia serait intervenu, aurait filé, pourquoi pas, une rouste monumentale au client affreux pour lui apprendre la décence (la disparition de la décence, le sujet principal d’Aide-moi si tu peux). J’aurais, de mon côté, été bien tenté de faire une réflexion, balancer un truc bien mordant et bien puissant, mais j’avais rendez-vous avec Sarah et Serge et pas du tout disponible pour passer l’après-midi à l’hôpital. C’est vraiment dommage qu’« Aide-moi si tu peux » n’ait pas eu davantage de succès ou n’ait pas été reconnu comme un roman policier, j’en aurais bien écrit une suite, ou fait une série. J’avais écrit un synopsis et envoyé l’idée il y a deux ans à plusieurs boîtes de prod, mais toutes m’ont envoyé me faire foutre. Enfin, je dis ça, elles y ont mis les formes quand même. Il y avait beaucoup de paquets d’emballage et de papier cadeau autour du message d’aller me faire foutre. 

#writerslife

jeudi 16 juillet 2020

132

Writer’s life (132) Alix me dit : « De toute façon, cette année, c’est l’année des rendez-vous manqués. » Je suis bien d’accord, je dirais aussi qu’écrire c’est faire cas et rendre un peu de majesté à tout ce qui est perdu dans tout ce qui est manqué. Dans « Alcie & la forêt des fantômes chagrins », il y a quelque chose qui a pour moi à voir avec l’essence même de la littérature. Et même si le livre est destiné aux enfants - contrairement à nombre d’adultes, ils voient souvent + loin que leur âge ne le leur permet - donc, à un moment, Alcie va enterrer son chagrin dans la forêt, et, dès la nuit suivante, elle s’inquiète pour lui, se dit que c’était quand même bien d’avoir un petit chagrin rien qu’à elle, elle s’y est attachée, son chagrin l’a fait grandir dans le bons sens (oui), et elle a peur qu’il prenne froid en pleine forêt la nuit, elle décide d’aller le chercher. Or, une fois dans la forêt, les feuilles du tas sous lequel elle l’avait enterré sont disséminées au vent, le chagrin n’est plus là. Elle s’apercevra bientôt qu’il a été récupéré par un autre enfant qui ne savait pas mettre de forme -ou de mots -sur son chagrin. Pour moi, l’histoire d’Alcie, c’est toujours ce que je fais, en littérature. Quelque chose me paraît insurmontable, me tue à petit feu, me découpe du reste du monde (selon les pointillés), me travaille au quotidien, alors je le change en histoire ou je le place sous le tas de feuilles d’un livre et j’espère qu’une lectrice ou un lecteur (ou un peu plus qu’une ou un) s’en emparera, le fera sien, et même si jamais personne ne connaîtra l’origine ou le visage de mon chagrin, il prendra dans la lecture d’autres visages, une autre réalité. Pour moi, c’est la meilleure définition de la littérature possible. Et je l’ai mise dans Alcie. #writerslife

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...